Sujectivation et objectivation |
Une objectification (du
latin objectum « ce qui est jeté devant ») est le fait
de réduire une personne à un objet, en niant tout ou partie
de ce qui fait son humanité : sa subjectivité, sa pensée,
sa volonté, ses émotions, sa dignité. Objectifier,
c’est traiter quelqu’un comme une chose plutôt que comme
une personne. Il n’est plus reconnue comme un sujet pensant et ressentant.
C'est réduire l'autre à :
- un outil (utile seulement pour ce qu’elle produit),
- un corps (apparence, sexualisation),
- un numéro (statistique, dossier),
- une fonction (sans identité propre),
- une marchandise (valeur d’échange).
Objectiviser c'est forcer quelque
chose à devenir un objet, parfois au détriment de sa subjectivité
dans le but de maîtriser son affecte.
Objectiver c'est faire apparaître comme objet, rendre observable, descriptible, analysable. C'est mettre à distance, décrire sans jugement personne.
La subjectivation est
le processus par lequel un individu devient sujet conscient, parlant, désirant
et responsable, c’est-à-dire une personne capable de se penser,
de se reconnaître, de parler et d’agir comme un « je ».
C’est la manière dont on se construit comme sujet, et pas seulement
comme objet soumis aux règles, aux normes ou aux regards des autres.
Elle se constitue à travers :
- le langage,
- les relations sociales,
- les normes (école, travail, morale),
- le pouvoir,
- l’expérience personnelle.
Elle ne va pas de soi : on ne naît pas pleinement sujet, on le devient.
Subjectiver c'est voir le monde à travers
soi. Cela relève
du fonctionnement du sujet.
Subjectiviser, c’est transformer activement en enjeu subjectif, quelque chose, par un travail discursif ou social, en objet de subjectivité, souvent de manière volontaire, idéologique ou stratégique. C'est faire du monde un enjeu de subjectivité pour orienter les perceptions. C'est une dynamique sociale, discursive ou politique.
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| Verbe | Sens principal | ||
| Objectiver | Rendre analysable, mesurable | Objectiver, c’est chercher la justesse. | Constater, décrire un fait comme indépendant du sujet. On met à distance l’émotion, l’intention, le ressenti. |
| Objectiviser | Réduire à un objet | Objectiviser, c’est nier le sujet. | Rendre volontairement objectif ce qui ne l’est pas naturellement. Démarche méthodique, souvent pédagogique ou scientifique. Transformation d’une expérience vécue en outil transmissible. |
| Subjectiver | Introduire le vécu, le point de vue | Subjectiver, c’est reconnaître le vécu. | Vivre une expérience du point de vue du sujet. Ressenti corporel, émotionnel, intentionnel. Ce qui est vécu de l’intérieur. |
| Subjectiviser | Exagérer en transformant un élément en expérience forte | Subjectiviser, c’est transformer un élément du monde en expérience vécue, signifiante pour un sujet | Introduire volontairement du vécu, du sens personnel. Appropriation, interprétation. Mise en jeu de l’identité, du style, de l’intention. |
ButJudoArtMaitriseEmotions.htm
Objectifier (réifier, chosifier) ou faire de objectification c'est traiter l'autre comme un objet et non comme un sujet.
Sujectiver c'est traiter l'autre comme un sujet et non comme un objet.
Pour avoir la conscience de
ses propres passages il faut avoir de la
distance par rapport à sa progression :
Les passages :
- l'incompétence inconsciente
- l'incompétence consciente
- la compétence consciente
- la compétence inconsciente
(migatte)
En outre, il faut savoir redescentre de la compétence inconsciente
à la compétence consciente.
La distance
par rapport à sa progression :
Distance
0 : pris par l'objet
Distance
1 : trop prés de l'objet pour le voir en intégralité
Distance
2 : suffisamment distant de l'objet pour le voir en intégralité
Dans l'enseignement :
Distance
0 : je ne peux pas enseigner car je ne maîtrise pas l'objet de mon
enseignement
Distance
1 : je ne peux pas enseigner car je n'ai pas suffisament de recule sur mon
propre apprentissage
(seicho) de l'objet enseigné
Distance
2 : je peux enseigner car je suis suffisament distant de l'objet pour avoir
du recule sur mon propre apprentissage
de l'objet enseigné
Un manque de manifestation de sujectivation
peut être dû à deux raisons :
- un manque d'affecte (psychopathie)
- une affecte tellement grand qu'un
barrage d'objectivation est nécessaire pour ne pas être submergé
Juger quelqu'un de son manque d'affecte
par sa non manifestation d'affecte
peut donc être une erreur car elle peut cacher un affecte
bien plus puissant, incontrolable sans barrage d'objectification.
Ce faux jugement est dû au fait que souvent on pense que :
- l'affecte que l'on ressent et
que l'on exprime est toujours de force similaire (à tort)
- l'affecte que l'on ressent ne
peut être qu'inférieur ou égale à son propre
ressenti (à tort)
Migatte : la sublimation de l'automatisation
ou du conditionnement
opérant, le lâchez prise du corps (karada
no oboe : la mémoire du corps)
L'exécutant ne se concentre plus alors sur la technique mais sur
l'intensité de son énergie (ki).
On rentre dans un état mental appelé Muga-mushin.
Cet état ne s'atteint toutefois qu'au terme d'une longue expérience.
Muga-mushin signifie
"pas de moi, pas de pensée". C'est
le moi qui est objectivé. C'est un état d'indifférence
qui libère de la conscience des actions accomplies. Dans cet état,
l'esprit résout les problèmes de façon pour ainsi dire
automatique. Il correspond
à ce que le bouddhisme appelle un état de viduité.
On y est libéré de toutes les pensées et de tous les
sentiments qui entrave les l'exercices de n'importe quelle technique et
l'on y revient à son "âme originelle" délivrée
de ses servitudes corporelles. On ne voit plus l'adversaire mais on se confond
avec lui en mouvement et en pensée. On sait inconsciemment quand
et comment agir de manière naturelle.
Pour manipuler un objet il faut parvenir à le poser au moins momentanément comme un objet c'est à dire sans affection. Faire l'aller-retour entre sujectiver et objectiver est très difficile lorsque l'affecte est très forte. Ainsi, paradoxalement, les personnes qui ont un lien affectif très fort avec vous sont les plus mal placés pour vous manipuler avec justesse pour vous faire du bien.
L'un des buts du jùdô est le Jùdô shushin-ho (moralité/empêcher d'avoir des émotions inefficaces/pleinne conscience)
| égalité
/ sécurité objectivation raisonnement manipulation |
équilibre |
Pour passer du respect et de l'affecte à l'objectivation il est parfois nécessaire de passer, au moins pour certains, par l'objectivisation ou la sujectivisation négative de l'autre (sentiment d'infériorité de l'autre, le ressentiment, l'animosité, la détestation voir la haine de l'autre).
Un manque de manifestation d'affecte
peut être dû à deux raisons :
- un manque d'affecte (psychopathie)
- un affecte tellement grand qu'un
barrage d'objectification est nécessaire
pour ne pas être submergé
Juger quelqu'un de son manque d'affecte
par sa non manifestation d'affecte
peut donc être une erreur car elle peut cacher un affecte
(sujectivation) bien plus puissant, incontrolable sans barrage d'objectification.
Ce faux jugement est dû au fait que souvent on pense que :
- l'affecte que l'on ressent et
que l'on exprime est toujours de force similaire (à tort)
- l'affecte que l'on ressent ne
peut être qu'inférieur ou égale à son propre
ressenti (à tort)
Dans le cadre d'un combat, l'objectivation libéré de l'affecte est essentiel.
Du point de vue de la représentation de l'autre (Uke ou
adversaire):
Le duo-coopératif
vise à travailler la sujectivation
pour faire attention et faire confiance alors le duel-opposition
l'objectivation pour la tactique et la stratégie et l'objectivisation
pour la réalisation technique.
Du point de vue de l'apprentissage de Soi (Tori ou en combat) :
Le duo-coopératif
(le kata) vise à travailler l'objectivation alors le duel-opposition
(le randori) la sujectivation.
... dû moins pour un débutant. L'expert recherche une sujectivation
dans le randori, le shiai et le kata.
Les élèves débutant sont soit :
- trop dans la sujectivation et
le travail consiste à objectiver
(réifier, chosifier) pour pouvoir êre efficace avec
le partenaire
- trop dans l'objectivation et le travail consiste à initier à
la sujectivation pour faire attention
au partenaire
Personnage non-joueur :
Parfois la seule façon de faire
face à certaines personnes toxiques est
de les considérer comme des
personnages non-joueur c'est à dire comme des objets qui ne peuvent
pas évoluer et dont il faut se servir à bon escient et entretenir
comme une machine à laver et rien de plus.
Réagir à une situation de tension basée
sur le rapport "sujectivation et l'objectivation":
Si "tu" fais ceci alors "je" serai obligé
de faire cela.
Le "je" est ici objectiser, c'est donc le "tu"
qui est rendu responsable (sujet) de ce qui va se passer ou pas.
On peut renverser la situation en inversant le "tu" et le "je"
en énonçant :
Comme "tu" as fait ceci je suis obligé de faire
cela et à toi de prendre tes responsabilités en réagissant
ou pas.
La question de la responsabilité :
Lorsqu'on défend quelqu'un en indiquant que ces mauvaises décisions
sont le produit de son histoire (ce qui est vrai), on objectise cette personne
qui est de ce fait rabaissée,
humiliée car sa liberté
de conscience est au moins en partie niée.
On a donc deux pôles de vision possible :
- nous sommes que
le produit de notre histoire et donc non responsable mais aussi sans liberté
de conscience
- nous avons la liberté
de conscience et donc responsable mais aussi sans circonstance atténuante
Nous avons une liberté
de conscience mais les autres sont
le produit de leur histoire. Cette
phrase qui semble paradoxale nous indique que la bonne vision est entre
ces deux pôles de vision.
Les 5 catégories de personnes :
- ceux qui ne peuvent pas
objectiviser (réifier, chosifier) qui ne pourraient pas
se résoudre à "faire ce qui à à faire"
pour résoudre "certains problèmes extrêmes"
: les très sensibles
- ceux qui ne font que subjectiver et
qui ne peuvent pas objectiver pour trouver
des solutions résonnables : les trop sensibles
- ceux qui ne peuvent pas sujectiver
et qui ne font que objectiviser : les psychopathes
- ceux qui sujectivisent parfois pour manipuler
les autres : les manipulateurs
- ceux qui se refusent
de subjectiviser pour ne pas manipuler mais
qui sujectivent naturellement et qui peuvent objectiver
pour résoudre des problèmes, voir dans les cas extrêmes,
objectiviser lors de circonstances extrêmes
pour faire ce qui doit être fait pour le bien de tous : les psychiquement
équilibrées
Voir aussi :
Maturité